La flotille 28F en Indochine

Les textes et les photos qui suivent sont extraits de documents réalisés par les membres de l'association des anciens de la 28F.




  De toutes les unités et formations de la Marine Nationale, la Flottille 28F est, sans contestation possible, celle de l’après-guerre qui s’est le plus couvert de gloire et a été le plus souvent engagée.

L’activité opérationnelle de la 28F a été telle qu’il est difficile de déterminer avec précision les heures de vol et le nombre de missions effectuées en opérations. Il est probable que la flottille ait accompli plus de 10 000 missions opérationnelles en 35 000 à 40 000 heures de vol.

De 1945 à 1960, la Flottille 28F a été citée 8 fois à l’ordre de l’armée de mer. Elle a reçu successivement la fourragère de la Croix de Guerre T.O.E., la fourragère de la Médaille Militaire et enfin celle de la Légion d’Honneur.
 

 
LES ORIGINES
 
Née officiellement le 28 août 1944, la 8ème Flottille d’Exploration (8 FE) est créée avec la particularité d’être armée aux Etats-Unis. Elle est équipée de 15 hydravions bimoteurs amphibies de grande exploration: les « CATALINA PBY-5A ».
La 8FE reprend l’insigne de l’escadrille E1 (1940) qui était celui de l’escadrille de bombardement 5R1 (1926), à savoir: une tête de loup noir, la langue rouge relevée.

La devise est fière: « A belles dents ! ».

Au mois d’août 1944, les 6 premiers CATALINA quittent les Etats-Unis pour rallier Agadir en 15 jours via Porto-Rico, Trinidad, Atkinson (Guyane Anglaise), Belem, Natal, Ascension, Robertfield (Liberia) et Dakar. Les 8 autres appareils suivent 2 mois plus tard.
Le premier groupe reste basé à Agadir et commence son activité en opérations de guerre en décembre 1944. Le second groupe, quand à lui, rentre directement en France et opère en Corse et sur les côtes de Provence d’abord à partir de Campo Del Oro (Ajaccio) puis de Cuers.
 

Catalina en vol

 
L’EXTREME ORIENT
 
Le 11 septembre 1945, la création de la « Force Navale d’Extrême-Orient » entraîne la réorganisation de l’Aéronautique navale. C’est ainsi que voit le jour le « Groupe Aéronaval d’Indochine » et le 26 septembre, 4 CATALINA quittent Agadir pour rallier l’Indochine par la voie des airs. Ils arrivent à Tan Son Nhut le 10 octobre 1945 et constituent pendant un temps l’aviation française d’Indochine en assurant des missions de reconnaissance, d’observation et d’attaque au sol pour le compte des forces expéditionnaires.
 
Le 5 décembre 1945, la Flottille 8 FE prend la désignation de Flottille 8 F. Très vite, la 8 F est présente sous tous les cieux d’Indochine: Siam, Tonkin, Laos, Annam, Cambodge, Cochinchine, Mékong, Fleuve Rouge, Baie d’Along. Les PBY-5A de la 8 F assurent diverses missions: bombardement, transport de troupes, de matériel, de médicaments; lancement de tracts, participation au blocus maritime, ravitaillement des zones encerclées, missions de surveillance, de photographies et de transport de VIP, liaisons, reconnaissance, interventions armées, etc.

C’est un CATALINA de la 8 F qui assure le 26 mars 1946 le transport du président HO CHI MINH d’Hanoï en baie d’Along.
A partir de 1948, on renonce à utiliser les CATALINA en appui direct à basse altitude: ils sont trop lents et constituent des cibles de choix. On leur interdit tout vol à moins de 2000 pieds et on ne les utilise plus qu’en reconnaissance, bombardement et SURMAR. Après quelques années de bons et loyaux services, les CATALINA arrivent à bout de souffle et doivent être remplacés.
 

 
 
 
 
 

   
L’ARRIVEE DES PRIVATEER
 
En 1950, la relève intervient avec l’arrivée de 10 quadrimoteurs terrestres « PRIVATEER PB-4Y » en provenance des Etats-Unis. La 8F abandonne progressivement ses CATALINA qui seront utilisés un certain temps par l’escadrille 8S.

Le PRIVATEER, appareil terrestre pur, a besoin de beaucoup plus de piste que le CATALINA. Les seuls terrains qui lui sont utilisables sont ceux de Tan Son Nhut (Saïgon), Cat BI (Haïphong), Tourane et Nhatrang.

La transformation sur ce nouvel appareil s’effectue en deux temps: la première année, la flottille n’opère qu’en SURMAR tout en s’instruisant au bombardement. Ce n’est qu’en juillet 1952 que la 8F commence réellement son travail de bombardement lourd.
Fin 1952, le rythme de vie de la Flottille s’accélère, il ne se ralentira d’ailleurs pas sensiblement jusqu’à la fin de la guerre d’Indochine, bien au contraire.

La 8F acquiert ses premières lettres de noblesse sur PRIVATEER dans la bataille de Na San (situé en région haute, à une vingtaine de kilomètres de Son La). Na San était plus connu sous son indicatif VHF: « Torricelli Vert » ou « Torri Vert » que certains pilotes appelaient « Toricella » quand il était activé par sans doute l’une des premières femmes contrôleur d’aéronautique.

L’intervention de la 8 F permet de dégager un point d’appui tenu par la Légion dont la chute sous les assauts du Viet Minh aurait entraîné une partie, voire la totalité du camp retranché.

Les vols sur Na San ont duré longtemps et dès 1953, les bombardements demandés par Torri Vert s’éloignèrent du camp retranché, prouvant le relâchement de l’étreinte Viet Minh.

En mai 1953, suite aux restructurations de l’aéronautique navale, la 8F prend le nom de 28F. Elle est basée à Tan Son Nhut et deux de ses avions sont détachés à Cat Bi .
 




  BOULIER et TOUREL
   
   
   
   




   
   
   
  René PRIGENT
Didier VIDAL à l'arrière Didier VIDAL

 

 
L’OPERATION CASTOR
 
Le 19 novembre 1953, vers 18 heures locales, un grand briefing réunit tous les équipages de la Marine et de l’armée de l’air: au cours d’une vaste opération aéroportée, Dien Bien Phu doit être réoccupé par nos forces.

Le lendemain débute l’opération Castor.

A la tombée de la nuit, un PRIVATEER décolle vers Dien Bien Phu pour une reconnaissance météo: l’opération ne sera déclenchée que si les conditions sont favorables.

L’autre PRIVATEER de la 28F assure le P.C. volant et coordonne les parachutages avec les attaques aériennes échelonnées sur toute la journée.
Peu après l’aube, une vague d’une soixantaine de DAKOTA décolle vers la cuvette de Dien Bien Phu. Au soir du premier jour, tous les objectifs sont atteints. L’opération Castor est une réussite.
 
Commence alors pour la 28F une période fastidieuse. Toutes les nuits, CESAR (indicatif VHF des PRIVATEER) décolle pour traiter les objectifs éventuels donnés par « Torri Rouge » (indicatif VHF du P.C. Air de Dien Bien Phu). La réponse est souvent négative...
César continue en longeant la route RP41, balisée par les phares des convois Viets qui ne se cachent même plus à l’approche des avions...
 

Dien Bien Phu une Bataille Oubliee

Partie 1

Partie 2

Partie 3

Partie 4

Partie 5

Partie 6




 
LA BATAILLE DE DIEN BIEN PHU
 
La grande offensive Viet Minh se déclenche le 13 mars au soir. La météo, comme il fallait s’y attendre, est épouvantable. En deux nuits, les points Béatrice et Gabrielle sont enlevés.

Tous les équipages rallient Cat Bi en hâte, et la participation de la 28F devient presque immédiatement totale (6 équipages opérationnels pour 7 à 8 avions).

A cause d’une DCA fournie et de plus en plus précise, les missions de jour se font très vite à plus de 10000 pieds, souvent à 14 ou 15000 pieds. Les cumulonimbus couvrent la Haute Région et il est difficile de passer à moins de 13000 pieds. Mais les PRIVATEER passent toujours ...
Les objectifs donnés par Torri Rouge se rapprochent jusqu’à 5 puis 2 kilomètres des lignes.

Le premier assaut ne dure que quelques jours mais son intensité prouve la détermination et les moyens des Viet Minh.

Le rythme des missions démarré le 13 mars s’est maintenu jusqu’à la fin. Quelques chiffres le prouvent: en mars, les 6 équipages assurent 164 missions en 630 heures, soit 27 sorties et 105 heures par équipage. En avril, 176 sorties en 673 heures. Un équipage assure trois missions dans la même nuit en 9h30, et un autre, sur 24 heures, quatre missions en 13 heures de vol ...
 
LA DCA est dense et précise: les pertes sont lourdes. Une cinquantaine d’avions sont abattus pendant la durée du siège soit une moyenne de plus d’un par jour.

Le 12 avril, peu avant midi, le 28F4 (chef de bord: EV1 MANFANOVSKY) est abattu. Pendant qu’un premier PRIVATEER bombarde à 9000 pieds, sous une couche continue, le 28F4 orbite à 14000 pieds. Lorsque le premier appareil a terminé, le 28F4 semble hésiter puis descend sous la couche.
A peine a-t-il percé, vers 9000 pieds, qu’il est violemment touché dans une aile par le feu nourri de la DCA. Il embarque à gauche, se déleste de quelques bombes, amorce une spirale vers le sol, spirale qui semble être stoppée par la pilote, puis repart de l’autre bord. Le 28F4 s’écrase au nord ouest de l’ex-point d’appui Anne-Marie. Trois parachutes sont aperçus, l’un d’entre eux en torche, mais personne ne revint jamais ...
 
Le périmètre se rétrécit chaque jour. les Viets attaquent toujours en soirée et lorsque la météo est mauvaise. Les bombardements, pourtant efficaces, ne sont pas assez nombreux à cause du manque d’avions.
 
Le 7 mai, matraqués par les vagues incessantes des forces Viêt-minh, les assiégés tentent de risposter mais en vain. Le premier avion sur les lieux, le 13 mars était une PRIVATEER, le dernier en est également un.

Dernière communication de Torri Rouge: « A 17h30, nous faisons tout sauter. les Viets sont à côté.
Au revoir à nos familles. Adieu César ... »

Le lendemain, 8 mai, le 28F6 (EV1 MONGUILLON) est à son tour abattu par la DCA sur la RP41. Seuls les seconds maîtres armuriers Kéromnès et Carpentier ont survécu. Faits prisonniers, ils seront libérés fin août 1954.
 
Les missions de bombardement continuent jusqu’au 22 juin 1954, date où les PRIVATEER de la 28F quittent définitivement Haïphong pour Saïgon.
Le 4 avril 1956, un peu moins de deux ans après l’armistice, le dernier PRIVATEER quitte Saïgon pour l’Afrique du Nord.

Une page est tournée.
 




Dien Bien Phu

Un Equipage d'alerte Chargement des bombes
Destination Dien Bien phu Privateer sur zone
Le viseur Norden Bombardement



 
 


 

   

 

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